De tout temps, il a été demandé aux parents d’avoir de l’autorité sur leurs enfants, par tous les moyens mis à leur disposition. Chacun se réfère à ce concept très présent dans les esprits : autrefois, tout le monde respectait l’autorité, surtout les enfants. Mais, était-ce vraiment le cas ?
Quand on fait parler les gens, quand on étudie des témoignages divers (autobiographies, mémoires, interviews), on se rend compte que l’autorité a toujours été fragile, qu’il suffit parfois d’un rien pour qu’elle vole en éclat et soit remise en question.
Et vous, de qui vous rappelez-vous le mieux ? De la personne qui a toujours obéi à l’autorité en place ou celle qui n’a pas forcément respecté les règles établies ni agi en conformité avec l’opinion parce qu’elle a choisi l’autodiscipline en fonction de ses valeurs personnelles ?
La vraie question est de savoir pourquoi les jeunes se méfient de l’autorité.
L’autorité regroupe plusieurs formes selon le contexte de son exécution.
- La première est fondée sur l’expérience, le savoir et la compétence. Ce qui amène une certaine sagesse, une autorité acquise. Les jeunes la respectent car, au départ, pour eux, leurs parents savent tout sur tout. Ils ont une grande admiration et du respect pour les personnes qui ont de l’expérience ou de la pratique : ils savent qu’ils vont apprendre à leur contact et pouvoir leur demander conseil.
- La seconde découle de la position ou du métier de la personne par rapport à la fiche descriptive de son poste qui précise ses fonctions et ses responsabilités. Cette autorité est reconnue et acceptée par tous, y compris les enfants. Elle est efficace quand chacun accepte que son comportement ou certaines actions soient dictées par la personne en poste.
- La troisième est fondée sur une entente informelle, c’est-à-dire sur l’une des nombreuses ententes, accords et contrats, que nous faisons au quotidien et dans nos interactions avec les autres. Ce type d’autorité est fondé sur l’engagement personnel, il est très fort car c’est l’engagement personnel qui provoque la motivation interne.
- La quatrième découle du pouvoir que détient une personne sur une autre : celui de la maîtriser, de la dominer, de la forcer ou la faire plier pour l’amener à agir contre son gré.
C’est cette dernière que les jeunes remettent en question, ce qui les amène à rejetter les trois autres.
Quand les adultes se plaignent que les jeunes ne respectent pas l’autorité, c’est parce qu’ils n’ont pas de pouvoir sur eux. Ils voudraient avoir des jeunes obéissants, donc soumis et serviles, parce que c’est facile et que cela flatte l’égo. Mais les jeunes veulent garder leur liberté, comme les adultes.
C’est la prérogative de tout être humain : être libre de penser et d’agir tant que cela ne nuit pas aux autres.
Il est donc important de se focaliser sur l’autorité issue de l’expérience parce qu’elle est puissante. Les jeunes viendront d’autant plus facilement rechercher les conseils de leurs aînés parce qu’ils sont curieux de voir comment fonctionne le monde des adultes, avec ses croyances et ses valeurs. Ainsi, ils pourront plus facilement se l’approprier, s’ils le souhaitent, et participer ensuite à la construction du futur en gardant un lien avec leurs prédécesseurs.