Depuis 40 ans, nous assistons à une mutation très rapide de notre société : le monde des années 1980 – 1990 est très différent de celui des années 2000 – 2010. La décennie 2020 annonce des perspectives d’évolution majeures, ne serait-ce que par les changements provoqués par l’épidémie du Covid-19.
Ces vagues de mutation sont perceptibles aujourd’hui, mais elles ont commencé depuis plusieurs années par les familles qui voulaient changer la société.
Deux questions se posent : est-ce que tout le monde est concerné ? Pouvons-nous orienter la direction des changements ?
Pour construire le futur, nous avons trois piliers à notre disposition. Chacun a une sphère d’action qui lui est propre. Vous en supprimez un ou le fragilisez et c’est toute la structure qui devient instable et menace de s’écrouler. Si c’est le cas, à un moment donné, il y a toujours le risque de dommages collatéraux plus ou moins importants.
Pilier 1 : la famille.
Par la famille, nous transmettons un héritage reçu du passé. Le noyau familial est composé de deux personnes qui s’unissent. L’une et l’autre ont des familles différentes, ont reçu une éducation différente, ont vécu des parcours différents. Lorsqu’elles vivent ensemble, c’est toute la pluralité de leur histoire qui doit cohabiter pour avancer de concert, au mieux en harmonie ou au pire en cacophonie. Là réside l’une des difficultés car, dans la famille, nous transmettons à notre enfant / nos enfants un héritage, reçu du passé de nos parents, dans lequel nous ajoutons notre histoire.
Autour de la famille, nous construisons un environnement. Le parent, donc l’adulte, est responsable de l’environnement qu’il construit car l’enfant va puiser dedans pour devenir un être social ou antisocial. L’environnement familial est composé du noyau familial (les parents) et des proches (oncles et tantes, grands-parents) ; l’environnement social comprend les amis des parents et de l’enfant qui se trouvent dans les activités sociales, associatives et extra-professionnelles, les camarades d’écoles et les activités extra-scolaires ; l’environnement professionnel influence la famille et le rapport au travail en fonction du parent : s’il s’y sent bien, épanoui ou pas. Le vrai problème, ici, est l’adulte qui ignore l’importance de l’environnement dans la construction de la personnalité de l’enfant et son impact sur le futur. Ce problème est un danger car il se répercute sur nous tous et peut mener la société vers sa destruction. La société se créé par la cohésion entre les adultes et les enfants : il incombe aux adultes de créer un environnement favorable à sa construction et aux enfants de la réaliser.
Dans la famille, nous apprenons la vie en société. Pendant son apprentissage, l’enfant doit assimiler trois messages fondamentaux pour s’insérer dans la société et y apporter sa contribution. Chacun a une action spécifique : construire l’estime de soi avec des messages comme « Je t’aime ! Tu es capable, tu vas réussir ! Tu es en sécurité, je suis là ! » ; ouvrir l’enfant au monde : « Partage ce que tu as ! La gratitude, c’est bien. Remercie ! Respecte la nature ! » ; insérer l’enfant dans la société : « Les émotions sont normales. C’est la vie ! Sois responsable. Nous comptons sur toi ! Tiens compte des autres ! ». Ces trois types de messages sont importants car ils reflètent ce que nous pensons de nos enfants. Or, ils deviennent ce que nous pensons d’eux. D’où l’importance de mettre en place un processus qui va les amener à toujours vouloir se dépasser et ne pas leur imposer des limites avec des messages comme « Tu n’y arriveras pas ! Ce n’est pas pour toi car tu as des difficultés ! ». Cette manière de faire est une insulte à leur intelligence et les conditionne à la paresse et à l’échec.
Pilier 2 : enfant aujourd’hui, demain adulte.
Les bases de l’adulte sont celles que l’enfant a construites pendant l’enfance grâce à la particularité de son esprit : l’esprit absorbant. Maria Montessori l’a appelé ainsi parce que l’enfant absorbe tout ce qui se passe autour de lui pour en faire un système de références et de valeurs : la langue et le langage, les habitudes de vie et de consommation, les dangers et la mise en sécurité, la culture et les rituels, etc.). Il est donc important de faire attention aux écrans et au contenu de ce qui est vu, comme la violence ou les mauvais comportements dans les dessins animés par exemple. L’enfant est le socle de la civilisation. En fonction de l’éducation reçue, il va construire la suite de l’histoire.
Pour s’intégrer dans son milieu, l’enfant utilise ses neurones miroirs (encore actifs à l’âge adulte). Ils fonctionnent par imitation et aident au déchiffrage des intentions / émotions des autres. Dans l’action, ils observent et exécutent le geste vu ; dans l’intention, ils comprennent ce qu’ils voient et le reconnaissent ensuite. Attention à l’impact de ce qui est vu (photos, images, films, etc.) par l’enfant dans son cerveau et sur ses émotions. Tout est décuplé parce que son amygdale est immature et qu’il est dans une phase d’apprentissage. Tout est pris pour argent comptant même ce qui est fictif. L’enfant est notre miroir, il nous révèle ce que nous sommes et comment nous agissons, notre grandeur ou notre médiocrité. Nous réagissons face à lui en fonction de l’image qu’il nous renvoie, de nos blessures, de notre degré d’amour pour nous-même et les autres.
Dans la construction de l’enfant, il faut tenir compte des âges clés : tout se joue entre 0 et 6 ans et à des âges précis. De 0 à 3 ans, c’est la période : « aide-moi à être moi-même » ; de 3 ans à 6 ans : « aide-moi à faire seul ». Si nous faisons à sa place, il devient assisté et paresseux, et nous avons en plus des colères à gérer. Maria Montessori a défini quatre périodes : la petite enfance avec la conscience du moi, de 0 à 6 ans ; l’enfance avec l’âge moral, de 6 à 12 ans ; l’adolescence avec l’âge social, de 12 à 18 ans, la maturité pour l’âge politique (polis : la cité, en grec ancien) de 18 à 24 ans. Il est intéressant de noter que le cerveau a presque fini sa construction neuronale vers l’âge de 24 ans et cela peut aller jusqu’à l’âge de 30 ans. Ensuite, l’enfant est pleinement adulte.
L’enfant s’est construit en fonction de sa personnalité et de l’éducation qu’il a reçue. Il va diriger sa vie selon les modalités de son esprit : décideur ou dériveur.
Le décideur se distingue par sa détermination, il réfléchit de son propre chef et agit selon un plan défini avec précision dans lequel chaque action sert son but principal. Il a des pensées constructives tournées vers un but majeur dont le parcours est jalonné d’objectifs mineurs. Ce sont des étapes progressives au service du but principal.
Il observe les gens autour de lui et tire les leçons de leurs expériences. S’il voit des personnes inspirantes, il va les étudier pour voir ce qu’il peut retenir de leurs actions. Il utilise constamment son esprit, il l’entraine régulièrement avec des exercices diversifiés. Il connait également le pouvoir de l’environnement : il fait en sorte qu’il soit à son service et à son avantage pour progresser constamment. Sa personnalité est forte et son esprit est dirigé vers la réalisation de la meilleure version de lui-même.
Le dériveur se reconnait par la conduite de sa vie et son absence de détermination. Ses pensées ne sont pas constructives. Il agit principalement par habitude et, quand il doit en changer, il va procrastiner. A trop hésiter, il va reporter la prise de décision pour ne pas agir et, au final, rester dans sa zone de confort même si elle est douloureuse.
L’environnement qu’il va construire ne l’aidera pas à progresser ni à s’en sortir. Ses relations dans son foyer, avec ses proches et son entourage ne seront pas harmonieuses. L’atmosphère sera désagréable dans sa maison et à son travail. Il ne s’y épanouit pas et ne cherche pas non plus à changer ses pensées. Parce qu’elles sont négatives, ses actions sont elles aussi négatives : il va réagir au lieu d’agir. Il est tellement indifférent à penser que son esprit devient de plus en plus paresseux à cause de l’absence d’entrainement pour trouver des solutions. Un dériveur perd le contrôle de sa vie uniquement parce qu’il néglige son esprit, refuse de le contrôler et de l’utiliser.
Par l’éducation, on peut amener un enfant à être un décideur, à penser par lui-même, à exercer son libre arbitre. Il suffit de lui donner des choix encadrés et de le former progressivement à la prise de décision. Mais on peut aussi en faire un dériveur par des messages limitants et toxiques : « Tais-toi, ne bouge pas, tu es incapable, tu n’arriveras à rien, Untel est mieux/meilleur que toi, etc. ».
Pilier 3 : le collectif.
La particularité de la société est d’avoir la famille pour pilier. Tout ce qui s’y passe a un impact direct sur le collectif : la famille va bien, la société se porte bien ; la famille va mal, il en est de même pour la société. Mais, parce que chaque personne construit sa vie dans une société, ses actions ont une portée sur la collectivité. Si le collectif agit dans une direction, c’est un futur qui est créé. Si une autre direction est prise, c’est une autre histoire qui s’écrit. Donc la famille, l’individu et le collectif interagissent constamment en posant des actions qui vont créer un futur. Ce futur est modulable à chaque action posée, il est en mouvement permanent.
Pour construire le futur en fonction de nos valeurs, il faut monter en compétences et donc investir sur nous en suivant des formations. Pour bien les choisir en fonction de notre objectif, nous pouvons nous poser la question suivante : est-ce que cette formation va m’apporter des éléments pour atteindre mon objectif ? Selon la réponse, on la fait ou pas. Le but est de monter en compétences.
Avoir de l’expérience est un atout car les actions ont plus de poids que les paroles. Votre expérience vous est acquise, personne ne peut la retirer. Elle fait partie de votre histoire et peut vous amener à aider d’autres personnes : en fonction de votre expertise ou/et de votre exemple. Elle donne aussi de l’autorité : vous savez ce que vous faites et pourquoi. L’autorité issue de l’expérience a plus de poids que toutes les autres.
Choisir un mentor est intéressant, à la fois au niveau personnel et pour le collectif. Pour l’individu, le mentorat permet de gagner du temps. En regardant la vie des personnes qui nous inspirent, nous pouvons voir comment elles ont réussi à tracer leur chemin et avoir une idée de ce qu’elles ont traversé pour arriver là où elles sont. Leur vie est un exemple qui permet de gagner du temps : il est inutile de réinventer la roue mais il s’agit de prendre un raccourci indiqué par d’autres et d’ouvrir ensuite une autre route. Pour le collectif, une personne qui en inspire d’autres a une influence. En se surpassant et en amenant d’autres à le faire, l’action est collective. La société évolue vers le progrès : réaliser la meilleure version de soi-même.
Pour s’améliorer, il faut passer à l’action. Mais chaque action doit être choisie et réfléchie, en fonction d’un but précis et selon une stratégie. C’est pourquoi, il est nécessaire de prendre le temps d’observer et d’analyser ce qui se passe autour de vous puis d’agir. Le plus important est d’être capable d’assumer ses choix et ses décisions. Chercher le pourquoi d’un échec et d’une réussite permet d’affiner sa progression et de mieux faire ensuite.
Nous avons également besoin d’une base solide : l’engagement, le trio gagnant et un objectif.
Notre engagement doit se faire sur trois niveaux : celui de l’humeur, celui du souhait et celui de la décision. Notre humeur peut être positive ou négative, notre souhait réalisable ou pas, notre décision active ou inexistante. Leur influence est grande car si notre souhait / désir est réalisable, notre humeur sera positive et notre prise de décision sera plus facile : le passage à l’action portera des fruits visibles et gratifiants.
Le trio gagnant consiste d’abord à ne jamais abandonner à la première difficulté mais à persévérer jusqu’au bout ou à la limite que nous avons fixée (et non celle décrétée par les autres !), ensuite à aimer les autres – tout en restant prudent – et les servir. En prenant le temps de mettre nos compétences au service du bien commun, nous progressons et donnons l’exemple.
En définissant un objectif, nous orientons notre futur dans une direction précise. Cet objectif doit être Spécifique (unique et précis), Mesurable (avec un avant et un après), Ambitieux mais Réalisable et Temporellement défini. Nous avons ainsi notre objectif SMART (intelligent et élégant).
Construire le futur est possible mais prend du temps. Tout se joue dans la famille et sur du long terme (25 ans environ) car la famille forme à la vie en société. Si la famille va mal, la société aussi.
Nous devons continuer d’investir sur nous par l’éducation, monter en compétences par la formation, montrer l’exemple, construire un environnement favorable au développement de nos valeurs, et passer à l’action.
Pour orienter le futur, il faut être vigilant car on peut baisser les bras, basculer dans le côté sombre ou obscur en fonction de nos blessures personnelles, renoncer à être un décideur et tomber dans la dérive.
Le renoncement est pire qu’une erreur. Il peut mener la société vers sa destruction.